from Nohô
On Monday 09 February 2026 at 10:58
Je m’appelle Emmanuel Caldier, alias Manu Gitan.
Aujourd’hui j’ai 57 ans et j’ai eu un parcours complètement atypique.
À l’âge de huit ans, je me suis retrouvé dans la rue, mais c’est moi qui suis parti. Ce n’est pas du tout mon père qui m’a mis dehors. Mon père était banquier. J’ai grandi avec les gens du voyage.
Après, je suis parti à l’école en bateau, j’ai beaucoup navigué, mais je me suis très vite sauvé de ce système-là. Je suis revenu, et à 15 ans, je me suis retrouvé pour la première fois au CJD, le centre des jeunes détenus de Fleury-Mérogis.
Mon parcours a été un peu extraordinaire, mais compliqué en même temps, parce que j’ai toujours eu des affaires.
J’ai appris la mécanique mais j’ai aussi appris la restauration (d’ailleurs la restauration, je l’ai apprise en prison). J’y suis allé quelques fois. Mais très rapidement, j’ai été repéré par des hommes politiques, et je me suis mis à travailler avec eux.
C’était ce qu’on appelle des opérations « barbouze ». Le juge Éric Alphen m’a affiché comme le barbouze de l’État à l’époque. C’est lui qui avait convoqué Jacques Chirac. J’ai fait pas mal de pays d’Afrique, la Yougoslavie, pour le compte de l’État français.
Je vais aussi faire pas mal d’affaires pour moi : des braquages, des choses comme ça.
Mais vers 28/30 ans, je me suis vraiment remis en question. J’ai beaucoup pensé aux victimes, aux victimes de tout ce qu’on fait dans le banditisme.
À ce moment-là, je me mets vraiment dans le recouvrement de créances.
Je sais que les gens que je vais chercher, attraper, kidnapper pour qu’ils payent, ce sont des coupables à la base. Je voulais pas faire de victimes civiles, pas toucher aux gens de la vie de tous les jours.
J’ai monté des boîtes de sécurité et de recouvrement, j’ai sillonné le monde.
Je suis resté très longtemps en Afrique, aussi parce que j’étais en cavale pendant des années sur le territoire français.
Le passé nous rattrape toujours. Une bêtise faite à 16 ou 18 ans, même si la justice met 5, 6 ou 10 ans, un jour on est jugé. Et là, c’est la douche froide.
On a refait sa vie, on a des enfants… mais le passé nous rattrape toujours. Tout ce qu’on fait aujourd’hui va nous suivre toute notre vie. Un casier judiciaire, ça te suit à vie. Il y a des postes qu’on ne peut pas occuper en France avec un casier.
C’est quelque chose qui m’inquiète aujourd’hui, notamment avec les délits de grande vitesse, les peines de prison, la fonction publique… Ça devient de plus en plus compliqué.
En 2001, il y a une très grosse affaire : le kidnapping d’un banquier suisse qui avait détourné 220 000 dollars à une fondation pour enfants autistes.
Là, je pars un peu en Robin des Bois. J’ai écrit un livre chez Flammarion, Moi, Manu Gitan, qui raconte cette affaire.
Il y a aussi une affaire au Sénégal, où je me retrouve en prison, arrêté par Interpol, puis extradé en France.
En 2017, alors que j’étais rangé, avec ma fille, j’ai rechuté. Un ami, sa femme et d’autres proches s’étaient fait escroquer. Ils avaient vendu leur maison, perdu toutes leurs économies.
J’ai déconné. J’ai kidnappé pour qu’ils payent. C’est de là qu’est venu le livre Kidnapping en direct. J’ai tout filmé, de A à Z. Les escrocs pensaient venir chercher 600 000 € en espèces. En réalité, ils sont repartis en payant leurs anciennes dettes. Mais ça m’a coûté presque deux ans de prison. On ne fait pas justice soi-même en France.
Prévention, transmission et accompagnement
Oui, il faut prévenir la jeunesse. Tous les jours, l’actualité le montre. À Nice, une jeune femme de 20 ans, avec un bébé, se fait tirer dessus. Aujourd’hui, il y a des familles qui vont voir leurs enfants pendant 20 ans en prison, et d’autres qui vont pleurer leurs enfants au cimetière toute leur vie.
La prison, ce n’est pas ce qu’on voit à la télé. La prison détruit, elle t’abîme pour la vie. Aujourd’hui, avec l’ADN, les écoutes, les caméras, quoi que tu fasses, tu te fais remonter. Même si tu n’es pas attrapé tout de suite. Autant ne rien faire d’illégal, monter sa petite entreprise, essayer de faire les choses bien.
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