from Nohô
On Monday 31 August 2026 at 15:17
Il y a des vocations qui naissent dans un éclair. Pour Michel, c’était dans une chapelle baroque en Allemagne, à l’âge de cinq ans, quand le soleil a frappé le coeur en or de l’autel. Ce jour-là, il a dit à son père qu’il ferait ça. Son père, militaire, lui a répondu que c’était magnifique, mais qu’ils étaient toute une équipe et lui tout seul. Michel a répondu : je dessinerai. Depuis ce jour, il n’a jamais arrêté. Aujourd’hui, dans son atelier-galerie du Cheylard en Ardèche, il partage sur Nohô ce qui l’anime depuis plus de 50 ans : l’art comme ouverture sur le monde, et le dessin comme droit universel.
Je suis un artiste professionnel. Mon émoi artistique est né à l’âge de cinq ans dans une chapelle baroque en Allemagne. J’ai été subjugué par le coeur en or de cette chapelle, et c’est là que j’ai décidé que je ferais ça. Mes parents m’ont encouragé, j’avais un certain brio pour le dessin. En Belgique, l’école franco-belge de la ligne claire m’inspirait beaucoup. À 18 ans, je souhaitais entrer aux Beaux-Arts, mais ma mère m’a orienté vers des études plus traditionnelles. J’ai continué à dessiner en autodidacte jusqu’à 35 ans, avant d’intégrer les Beaux-Arts de Louvain, où j’ai étudié pendant 10 ans. Paradoxalement, je n’y ai suivi que des cours de dessin, jamais un cours de peinture. C’est pour ça que pendant très longtemps, tout mon art était en noir.
J’ai traversé plusieurs périodes artistiques. Longtemps dans le noir, j’ai rencontré en 2008 Martine, mon épouse, elle-même artiste formée aux Beaux-Arts de Bordeaux et d’Orléans. Elle avait découvert une de mes oeuvres sur le net et m’avait écrit qu’elle y ressentait une vibration musicale. C’est comme ça que nous nous sommes rencontrés, puis associés dans la vie. Et c’est avec elle que la couleur est entrée dans mon travail. C’est devenu ma deuxième période, puis une troisième plus sociétale.
Pendant le Covid, une commande émanant de la Biennale de Florence m’a été confiée autour du thème de l’éternelle féminité, l’éternel changement. Hors de question de représenter la féminité uniquement dans le nu : j’ai dû inventer une technique pour représenter le textile en couleur. J’ai pensé aux grands maîtres qui, avant les tubes de couleur, utilisaient des pigments. J’ai fait travailler ces pigments dans une masse d’eau pour créer un aléatoire, puis je suis venu par-dessus avec le dessin à la ligne claire, à l’encre, et j’ai amené l’acrylique ou l’huile en trempant simplement le pinceau dans l’oeuvre. L’aléatoire des pigments fait vivre l’ensemble. Les critiques d’art disent que c’est du jamais vu. C’est ma quatrième période.
Aujourd’hui je suis dans la cinquième : je représente la société, je défends la cause humaine, l’égalité, le respect de la vie animale, l’équilibre entre activité culturelle et activité économique. Mon but, c’est d’ouvrir le regard, laisser penser les personnes à ce qu’elles sont et ce qu’elles peuvent être. Tout le monde a besoin de projets.
J’ai ouvert un atelier-galerie dans lequel j’accueille le public et je propose des cours de dessin. Tout est parti d’une expérience aux Beaux-Arts : un professeur m’a invité à l’accompagner dans un atelier de danse classique. Il y avait trois ballerines qui changeaient de position en une fraction de seconde. Le temps de prendre mon matériel, elles avaient déjà changé de figure des dizaines de fois. Alors j’ai décidé de dessiner à l’aveugle, sans regarder mon support. Et j’ai découvert quelque chose d’essentiel : quand on dessine à l’aveugle, la peur du dessin disparaît.
À l’école, on impose des règles qui découragent certains enfants, qui finissent par se convaincre qu’ils ne savent pas dessiner. Or tout le monde sait dessiner. Je me souviens d’une femme qui pleurait devant mes œuvres lors d’une exposition à Alençon. On lui avait dit qu’elle n’avait aucun talent pour le dessin. Je l’ai invitée à s’asseoir à ma table d’atelier, je lui ai donné une feuille et un bic, Martine a été son modèle. Et elle s’est remise à dessiner. C’est ce premier pas que je veux offrir à chacun. Ensuite on peut sortir dans la ville, dessiner en extérieur avec une planche légère sur les genoux, puis passer au carnet de voyage en mêlant dessin et écriture. C’est comme apprendre à faire du vélo : une fois qu’on sait, on peut avancer seul.
Deux expériences. La première est une découverte de l’atelier : on entre dans mon univers, on découvre mon travail, mes périodes, ma technique. Et on peut aussi vivre une première initiation au dessin à l’aveugle, cette remise au dessin que je propose à tout le monde. La deuxième, c’est un véritable atelier d’art en quatre sessions de deux heures, soit huit heures au total, pour les enfants comme pour les adultes. On y construit quelque chose, on progresse, on évolue dans sa technique. Ce qui me touche profondément, c’est cet esprit fédérateur : plus il y aura de l’art dans le monde, qu’il s’agisse de peinture, de musique, de dentelle ou de crochet, mieux se portera la société.
Sur Nohô, certaines rencontres changent la façon dont on se voit. Celle de Michel Smekens en fait partie. Pas un cours magistral, pas une démonstration inaccessible : une invitation à redécouvrir que tout le monde sait dessiner, que tout le monde a quelque chose à exprimer. Dans son atelier-galerie du Cheylard, en Ardèche, cet artiste belge à la carrière internationale ouvre sa porte à ceux qui veulent entrer dans un univers rare, et peut-être en repartir différents.
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