from Nohô
On Thursday 22 October 2026 at 14:24
Il y a des gens dont la vie entière ressemble à une oeuvre. Karel Vereycken est de ceux-là. Né à Anvers en 1957, formé à l’Institut Saint-Luc puis à l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles, il a traversé six décennies en dessinant, gravant, écrivant, enseignant et exposant aux quatre coins du monde. Aujourd’hui actif à Montreuil, en Île-de-France, il propose sur Nohô quelque chose de rare : une heure en compagnie d’un homme qui aime l’art autant qu’il aime en parler.
Je suis né à Anvers en Belgique en 1957. Mon père m’emmenait dans les musées d’Anvers, où l’on pouvait voir des oeuvres de Bruegel, de Rubens, de toutes sortes de peintres. Ça m’a plu. J’ai fait une école de dessin, puis l’Institut Saint-Luc à Bruxelles pour les arts plastiques. Ensuite j’ai fait une spécialisation en gravure à l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles. J’y ai obtenu un certificat de passage avec distinction. Je me suis ensuite rendu en France, j’ai exercé différents métiers. Cependant, j’ai toujours gardé une passion pour l’histoire, et pour l’histoire de l’art en particulier. J’ai fait des conférences sur les grands peintres. J’ai enseigné le dessin, et j’ai écrit une centaine de textes sur l’histoire de l’art, pas seulement européen, aussi l’art de la Chine, de l’Afrique et d’autres continents. Depuis mes 60 ans, j’ai créé un site internet pour présenter mon travail, et ça a fait boule de neige. J’ai actuellement un tableau exposé au Salvador, une exposition en digital à Chicago, une autre à Osaka au Japon, et deux expositions à Paris cet automne, en physique et en digital, au Carrousel du Louvre.
Mon premier projet, c’est un livre que je viens de finaliser. C’est un dialogue visuel entre des peintres flamands et l’art de Léonard de Vinci, autour du thème des grotesques. Des peintres flamands comme Brueghel, qui avaient beaucoup d’humour et une façon très singulière de représenter le monde. Il y a eu des relations très étonnantes entre l’Italie et les Flandres autour de l’art, et j’ai hâte de voir comment ce livre va sortir. Par ailleurs, je travaille en ce moment sur une série de gravures : des portraits de pêcheurs flamands. Des gens dont le visage est sculpté par le sel de la mer du Nord, qui ont frotté leur corps au réel. Ils sont abîmés, mais ils ont une âme, une dignité qui force le respect. J’en ai fait quatre, et j’aimerais en faire encore deux supplémentaires.
Toute ma vie, j’ai eu un plaisir immense à partager. Je ne propose pas de découvrir mon ego, mais de découvrir une dimension de l’art que j’ai une certaine capacité à faire aimer. Je t’ouvre les portes de mon univers autour de la gravure sur cuivre et sur zinc : les plaques de métal, les encres, le papier humide, tout ce qui se joue entre l’idée de départ et l’estampe finale. On commence par feuilleter ensemble mes gravures. Je montre comment naît une eau-forte, ce que changent la pointe sèche, la roulette, l’aquatinte ou le vernis mou, et pourquoi une même plaque peut donner des tirages tous différents. Derrière chaque œuvre il y a une histoire, et on prend le temps d’en parler. L’art du dessin vient en dessinant. Il suffit d’être curieux.
Sur Nohô, certaines rencontres ouvrent des portes qu’on ne savait pas fermées. Celle de Karel Vereycken en fait partie. Pas un cours magistral, pas une visite de musée : une conversation avec quelqu’un qui a consacré sa vie à comprendre l’art et à donner envie aux autres de s’y aventurer. Une heure à Montreuil, et on ne regarde plus une gravure de la même façon.
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